Le «Rocket» s'éteint
Pendant 18 ans, le «Rocket» a soulevé les passions des amateurs du Canadien en réalisant des exploits hors du commun tout en incarnant, par son jeu et son courage, les aspirations des Canadiens-français. Par sa fougue, son dynamisme, sa détermination et sa volonté d'exceller, Richard a été le plus grand joueur de sa génération et l'un des plus grands de l'histoire du hockey. Sa mort laisse dans le deuil, sa compagne Sonia Raymond, ses enfants Huguette, Maurice fils, Normand, André, Suzanne, Paul et Jean, plusieurs frères et soeurs dont Henri et Claude, et de nombreux petits-enfants. Sa femme Lucille, née Norchet, est décédée le 18 juillet 1994. Né à Montréal le 4 août 1921 de parents gaspésiens, Onésime et Alice Richard, Maurice Richard s'est rapidement destiné à une carrière dans le sport après s'être fait remarquer en jouant au hockey dans différents clubs. Adolescent, il lui arrivait de jouer deux matchs par soir et de livrer quatre rencontres les fins de semaine. Une légende Sa carrière a été jalonnée de plusieurs exploits qui ont fait les manchettes pendant près de 20 ans. Mais le «Rocket» - surnom que lui a donné son coéquipier Ray Getliffe lors d'un entraînement tellement il était rapide - a également connu des moments difficiles, qui ont presque autant marqué son illustre carrière: ses démêlées avec les dirigeants de la Ligue nationale dont le pouvoir était incarné par le président Clarence Campbell, ses suspensions dont la plus célèbre a mené à l'émeute du Forum, ses nombreuses bagarres qu'il a livrées aux joueurs les plus rudes du temps, et les dizaines de blessures dont il a été victime font aussi partie de la légende du «Rocket». 50 buts Richard a paraphé son premier contrat professionnel le 29 octobre 1942. Ce fut le début d'une fulgurante carrière qui devait prendre fin le 15 septembre 1960. Durant ces 18 ans, le «Rocket» a réécrit le livre des records de la Ligue nationale. Il a été le premier joueur à inscrire 50 buts en une saison (1945), un exploit que Bernard Geoffrion a réédité en 1961. Richard évoluait alors dans une saison de 50 matchs. Richard a aussi été le premier joueur à atteindre le plateau des 500 buts, un exploit comparable à celui qui lui avait permis de doubler Nels Stewart comme meilleur marqueur de tous les temps. Le 8 novembre 1952, il inscrivait son 325e but et confirmait ainsi son statut de grande vedette. Le célèbre numéro 9 du Canadien a terminé sa carrière avec un palmarès de 544 buts, 421 passes, 965 points et 1285 minutes de pénalité. À cet éloquent palmarès s'ajoutent 82 buts marqués en séries éliminatoires dont plusieurs sont considérés comme des pièces d'anthologie. En séries, il a inscrit 18 buts gagnants, ainsi que six buts enregistrés en supplémentaire, une marque qu'il détient toujours. Il a aussi réalisé sept «tours du chapeau». Huit coupes À huit reprises, Richard a gravé son nom sur la coupe Stanley, dont cinq fois de suite, de 1956 à 1960, année de sa retraite. Son nom apparaît également huit fois sur le trophée Prince-de-Galles remis à l'équipe ayant terminé au premier rang du classement. Il a été choisi 14 fois dans les équipes d'étoiles dont huit fois au sein de la première équipe. Il a remporté le trophée Hart - joueur par excellence - à une reprise (1947). Mais le trophée Art Ross - meilleur pointeur -, auquel il tenait tant, lui a toujours échappé. La «Punch Line» Richard est arrivé chez le Canadien à une époque où l'équipe battait de l'aile. Lors des deux années ayant précédé l'entrée du «Rocket» dans la Ligue nationale, le Tricolore avait terminé au sixième rang. C'était la guerre et le Canadien avait perdu une partie de son public. La présence de Richard devait raviver l'équipe et la relancer vers de nouveaux succès. C'est ainsi que fut créée la fameuse «Punch Line», composée de Toe Blake à gauche, d'Elmer Lach au centre, et de Richard à droite. Les exploits de Richard ont alors fait les manchettes et pendant près de 10 ans, ces trois joueurs ont dominé la scène du hockey avec la célèbre «Production Line» des Red Wings de Détroit, formée de Ted Lindsay, Sid Abel et Gordie Howe. Richard n'a pas mis de temps à se faire un nom dans la LNH. Son style spectaculaire, qui tranchait avec sa personnalité mystérieuse et taciturne, en faisait le favori de la foule, autant à Montréal que dans les autres villes du circuit. Sa seule présence suffisait à remplir les amphithéâtres. Certains de ses exploits sont aujourd'hui légendaires. Un but marqué contre Harry Lumley après qu'il eut traîné depuis la ligne bleue le gros Earl Siebert accroché à ses épaules, son fameux combat contre le rude Bob Dill, ses huit points obtenus dans un match après qu'il eut déménagé le jour même, ses cinq buts en séries dans une victoire de 5-1 contre Toronto, ses 50 buts en 50 parties et l'offre de 125 000 $ de Connie Smythe pour ses services ne sont que quelques-uns des exemples qui illuminent la carrière de Richard. L'émeute du Forum Plusieurs fois au cours de sa carrière, Richard a eu à subir les foudres des dirigeants du circuit. L'accrochage et les tactiques déloyales de ses adversaires lui ont souvent fait perdre la tête. Son tempérament fougueux lui valut ainsi plusieurs suspensions et de nombreuses amendes - 3000$ au total. Mais la plus célèbre de ces suspensions lui a été imposée le 15 mars 1955. Deux jours plus tôt à Boston, Richard s'en était pris au défenseur Al Laycoe qui l'avait atteint de son bâton, ainsi qu'au juge de lignes Cliff Thompson qui le retenait. La décision de Clarence Campbell, rendue deux jours plus tard, tomba comme la foudre: Richard était suspendu pour les trois dernières parties ainsi que pour la durée des séries éliminatoires. Cette suspension eut un double effet: elle privait Richard du trophée Art Ross que devait enlever Geoffrion par un point, et elle réduisait les chances du Canadien d'enlever la coupe, laquelle devait être ultimement remportée par Détroit. Si Richard fut assommé par la décision du président, le public, lui, n'accepta pas le verdict. Quand, deux jours plus tard, Campbell prit son siège au Forum accompagnée de sa secrétaire, il y eut une rumeur grandissante dans tout le Forum. La foule ne pardonnait pas à Campbell d'avoir puni si sévèrement son idole. Une bombe lacrymogène fut alors lancée en sa direction, forçant les policiers à faire évacuer le Forum. La victoire fut octroyée aux Red Wings, qui gagnèrent le match 4-1 après seulement une période de jeu. Rue Sainte-Catherine, des jeunes saisirent l'occasion pour renverser des voitures, casser des vitrines et piller. Montréal n'avait pas vécu de telles scènes depuis les manifestations contre la conscription. |
|||||
|
|||||
|
Funérailles nationales pour le Rocket Héros de tout un peuple Héros de tout un peuple, Le service funèbre sera célébré
mercredi à 10h30 par le cardinal Jean-Claude Turcotte, en la basilique
Notre-Dame de Montréal. La cérémonie sera télédiffusée en direct
dans tout le Québec et probablement ailleurs au pays, et sera également
retransmise sur au moins un écran géant installé pour l'occasion à
la place d'Armes. Le tracé exact du cortège funèbre ne sera connu
qu'aujourd'hui, mais le président Mais avant d'être conduit à son
dernier repos, Les Les admirateurs Son
|
|||||
|
«Maurice a été le plus grand!» Henri a pleuré en apprenant la mort de son frère Un Richard qui pleure, c'est assez
inusité, surtout ceux que j'ai connus, Maurice et Henri. Fiers et
orgueilleux, Henri a appris la mort de son frère
samedi, - Lise, donne-moi l'heure juste. Henri s'arrête quelques instants pour réfléchir. - Sais-tu quoi, Pierre? Je pense que
les conversations que j'ai eues Pierre Gobeil a dirigé la section des
Sports de La Presse
|
|||||
|
Adieu Rocket! Plus de 100 000 personnes rendent hommage au héros disparu Au moment où s'écrivent les dernières pages de la En fin d'après-midi, il fallait
patienter plus de deux heures avant de pouvoir franchir les portes du
Centre Molson. Une fois à l'intérieur, les gens étaient invités à
traverser la patinoire sur toute sa longueur pour venir se recueillir près
de la dépouille Le clan Richard a justement apprécié
la sobriété de l'événement. "Au début de la journée, nous étions
un peu inquiets, nous ne voulions pas que ça soit politisé, mais nous
sommes rassurés, a confié l'agent et confident du L'ancien joueur du Le directeur général du
|
|||||
|
Merci, Maurice Des obsèques empreintes de dignité, d'émotion et de respect Aux premières notes de l'ouverture du Requiem
de Fauré entonné par le chœur de la basilique Notre-Dame, les gorges
se sont serrées, les murmures se sont tus. Portés par des anciens coéquipiers,
le cercueil Un peu partout derrière, les joueurs
du club, des vedettes sportives Spontanément, quelques personnes se
sont levées au jubé. Une fois de plus, les applaudissements ont éclaté,
amplifiés par l'acoustique de la basilique Notre-Dame. Plus tôt, après
l'homélie, le Les toussotements de l'assistance
trahissaient une émotion contenue. De temps à autre, les flashs des
appareils photo scintillaient dans les balcons. La Une lecture particulièrement bien choisie, tirée d'une lettre de saint Paul à Timothée, a évoqué la fin de parcours de l'athlète. "Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur." Après l'adieu au défunt, les cloches, en sourdine à l'intérieur de la basilique, ont donné le signal du départ. Le cortège est reparti. Longtemps, sur le bord du jubé, des amateurs sont restés accrochés tandis que les dignitaires quittaient peu à peu l'église dans un concert d'orgue flamboyant. Les projecteurs de la télé se sont éteints les uns après les autres. La foule réunie sur la place d'Armes disait un dernier au revoir au champion.
|